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L’évolution de la conscience – 2ème partie

Dans le précédent article, KAMLESH D. PATEL décrivait les trois corps principaux qui constituent la base des formes de vie sur terre. Dans celui-ci, il explore l’un d’eux en profondeur, le corps subtil, et nous décrit les conditions nécessaires à son évolution.

 

Quel est le corps qui évolue?

Sachant que nous avons trois corps – le physique, le subtil et le causal – nous pouvons nous poser la question de leur évolution.

L’âme est immuable. Elle est pure, absolue, inaltérable, par conséquent le corps causal n’évolue pas.

Le corps physique ne se transforme guère. Sa structure est déterminée, même si certaines modifications de poids, de posture, de forme, etc. peuvent se produire. C’est dire que nous ne pouvons pas, de notre vivant, nous faire pousser des bras supplémentaires, des ailes ou une queue.

Seul le corps subtil peut évoluer, nous donnant ainsi la possibilité de façonner notre vie. Le changement du corps subtil s’opère à mesure que nous le purifions et le simplifions, ce qui permet à la joie de l’âme de se manifester et de rayonner de l’intérieur. C’est à travers ce processus que s’accomplit l’évolution de la conscience.

 

Le corps subtil

Le corps subtil est un champ vibratoire, c’est à la fois le champ du cœur et du mental. Selon la façon dont nous le gérons, il peut être complexe et turbulent comme un océan démonté dans la tempête ou, à l’autre extrême, semblable à un étang calme dont la chute d’une plume peut troubler la surface. C’est dans ce champ qu’une pratique spirituelle peut jouer un rôle vital, puisqu’elle fournit des techniques pour le réguler, le purifier et le simplifier, lui apportant ainsi clarté, calme et paix.

Dans la philosophie yogique, le cœur est considéré comme le champ d’action du mental. C’est un vaste sujet. Commençons à découvrir ce que cela signifie.

Il y a quatre fonctions principales à l’intérieur du champ vibratoire du corps subtil – la conscience (chit), la pensée et le sentiment (manas), l’intellect (buddhi) et l’ego (ahankar) – qui travaillent ensemble de manière interactive pour former ce que nous appelons le mental.

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Tant que nous ne méditons pas correctement,
tant que nous ne régulons pas correctement notre mental,
notre conscience n’évolue pas.

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Parmi ces quatre fonctions, nous allons nous concentrer sur la conscience, car les trois autres n’ont d’existence qu’en elle. Elle est un peu comme une toile pour un peintre, puisque c’est à l’intérieur de la conscience que le jeu des trois autres fonctions est orchestré jour après jour.

Comment activement donner la possibilité à notre conscience de s’étendre et d’évoluer? Il ne suffit pas de le désirer. Il faut comprendre comment la pratique spirituelle contribue à cette évolution en créant des conditions qui peu à peu calment et apaisent le mental à des niveaux de plus en plus profonds, ouvrant ainsi l’univers intérieur.

Sur le plan physique, si on veut fortifier ses muscles, il faut les exercer. De même, pour que le mental évolue et que la conscience puisse se développer, nous devons utiliser, employer ce qui appartient à ce plan subtil de l’existence. D’abord, il faut savoir que l’évolution de la conscience n’a rien à voir avec l’acquisition de connaissances; ensuite, que la conscience en elle-même ne se développe et n’évolue pas sans que buddhi, manas et ahankar ne l’aident à se libérer.

L’intellect doit évoluer pour favoriser cette expansion, tout comme l’ego, qui lui aussi peut contribuer à l’évolution de la conscience.

 

La méditation

Quel est le rôle de la méditation dans tout ça? Nous méditons pour réguler notre mental. Un mental non régulé est tiraillé dans tous les sens par des envies, des désirs, des peurs et des habitudes, et il s’affaiblit en se dispersant dans différentes directions. A l’opposé, un mental régulé concentre l’attention, apporte la cohérence et favorise le bien-être.

Tant que nous ne méditons pas correctement, tant que nous ne régulons pas correctement notre mental, notre conscience n’évolue pas.

La méditation affine et développe manas, buddhi et ahankar, en particulier manas, à mesure que nous apprenons à simplifier notre processus de pensée en le ramenant de plusieurs canaux à un seul, puis en l’approfondissant jusqu’à ce que la pensée devienne un ressenti.

On cultive ainsi progressivement l’habitude de «sentir» au lieu de «penser».

 

Continuer à développer le stade méditatif

Le fait de maintenir et nourrir tout au long de la journée la condition reçue en méditant est un produit dérivé d’une bonne méditation, qui nous aide à réguler et approfondir le mental à un niveau encore plus élevé. Quand nous restons constamment dans la conscience, ou le souvenir, de notre état intérieur, nous protégeons notre «toile» de ce qui pourrait la salir, et notre conscience conserve sa clarté. La toile reste propre, elle n’est pas gâchée par les multiples impressions que nous formons.

Il faut se représenter le champ vibratoire du cœur et du mental comme étant doté d’un spectre de conscience qui inclut les états subconscient, conscient et supraconscient. Swami Vivekananda disait: «La conscience n’est qu’une fine couche entre deux océans, le subconscient et le supraconscient.» On peut aussi se représenter le subconscient comme un océan, la conscience comme la surface du sol et le supraconscient comme le ciel qui se déploie dans l’univers. A mesure que nous évoluons, notre conscience se développe à la fois dans le domaine du subconscient et dans celui du supraconscient, naviguant ainsi à travers l’infini du potentiel humain. On peut également l’exprimer de cette façon: en partant de la surface, nous plongeons de plus en plus profondément dans la vastitude du cœur.

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La sagesse, c’ est utiliser au mieux toutes nos facultés.
C’est avoir un maximum de rendement
pour un minimum d’investissement.

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Buddhi et la prière

Au cours de ce processus d’immersion profonde, l’intellect, buddhi, se fonde de plus en plus sur le cœur. L’intuition et l’inspiration se développent, et buddhi est de plus en plus finement réglé, comme une antenne sensible qui capte les signaux du cœur. L’intellect évolue ainsi vers un état de sagesse. On associe souvent la sagesse à la capacité de faire des choix avisés, mais ici il s’agit d’ aller plus loin, dans une autre dimension où le choix n’est plus nécessaire, car la sagesse du cœur est pure et correcte.

Il y a une grande différence entre un intellectuel et un sage, et la pratique de la prière spirituelle nous aide à passer du simple intellect à la sagesse. La prière nous emmène dans le cœur, elle nous connecte à la Source, où il nous est possible de lâcher toutes les erreurs que nous avons commises, en prenant la résolution de ne pas recommencer. N’est-ce pas là, la sagesse? Mais si nous nous laissons aller et continuons à commettre des erreurs stupides, constamment, jour après jour, nous ne devenons pas plus sage. Nous le devenons quand du fond du cœur nous désirons changer et que nous demandons de l’aide pour y parvenir. Lorsque nous vivons chaque instant dans cette attitude, la sagesse fleurit.

La sagesse, c’est utiliser au mieux toutes nos facultés. C’est avoir un maximum de rendement pour un minimum d’investissement, un résultat maximum avec le minimum d’action. Ce n’est qu’avec un esprit méditatif, en agissant de façon méditative dans notre vie de tous les jours, qu’on peut escompter de tels résultats.

 

Purifier et simplifier le corps subtil

Pour que cela advienne, le champ du cœur et du mental doit être purifié, sinon ce serait comme espérer voir le fond d’un lac à travers une eau boueuse et agitée. Il n’y a pas de clarté dans un mental agité. La pratique spirituelle qui consiste à nettoyer les impressions du passé est donc également nécessaire à l’évolution de la conscience.

 

Ahankar

La troisième fonction du corps subtil est l’ego, ahankar. Il joue un rôle vital du fait qu’il détermine s’il y aura ou non expansion, ou évolution de la conscience. L’ego est souvent considéré comme le méchant par les pratiquants spirituels de toutes les traditions, pourtant il est essentiel à notre évolution. C’est la fonction active du mental, celle qui agit et pense, et nous en avons besoin dans tous les aspects de la vie quotidienne – ne serait-ce que pour avoir le désir d’évoluer. C’est lui qui nous donne notre identité. C’est la force qui initie, qui pousse à l’action. Quand on l’utilise avec sagesse, il nous est très utile, comme toute autre ressource; mais il est souvent mal employé – c’est ce qu’on désigne communément par égotisme. Quand on se sert de l’ego dans un but égoïste, on devient arrogant, suffisant, tandis que si on l’affine constamment, la conscience se développe très rapidement.

Que signifie affiner l’ego? Plus nous sommes humbles, moins l’égotisme prolifère. Tous les grands enseignants spirituels ont attribué beaucoup d’importance à cet aspect de la formation du caractère. Ils ont fait si grand cas de cette qualité qu’ils recommandent de la conserver en toute occasion, envers chacun, que ce soit un enfant, un pauvre ou un étranger. La notion qui sous-tend ce discours est qu’il n’y a rien de mal à vous voir comme quelqu’un de formidable, pour autant que vous gardiez toujours à l’esprit que celui qui est devant vous l’est encore plus.

L’ego peut être comme un trou noir. En exerçant une extrême attraction gravitationnelle sur notre conscience, il peut empêcher son expansion. Tout comme la force d’attraction de la terre nous empêche de tomber dans l’espace infini, l’ego peut retenir et réduire drastiquement la conscience. Par exemple, une personne très narcissique peut subir un processus d’involution où la conscience se contracte, se replie sur son noyau et peut se pétrifier. En revanche, si nous transcendons notre lien avec l’ego en affinant celui-ci, en devenant de plus en plus humble, notre conscience peut se déployer à l’infini.

L’ego se manifeste de nombreuses façons. Par exemple, si je joue avec bonheur de la flûte lors d’un concert, cela crée de la joie et le public y répond. Or en tant qu’artiste, je ne suis satisfait que si je dépasse constamment mes précédentes prestations – et c’est l’ego qui me pousse à le faire. Mais si je pense que personne ne peut jouer de la flûte mieux que moi, c’est une fâcheuse manifestation de l’ego. L’ego peut et devrait être notre meilleur ami en nous aidant à battre nos propres records.

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L’ego peut être comme un trou noir.
En exerçant une extrême attraction gravitationnelle
sur notre conscience,
il peut empêcher son expansion.

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Manas

La quatrième fonction du corps subtil est manas, c’est celle de la contemplation. Pendant la méditation, le premier pas consiste à ramener le mental, dispersé dans des pensées nombreuses et variées, à une seule pensée. Par exemple, pour Heartfulness, c’est la source de la lumière divine dans le cœur. Néanmoins il n’est pas nécessaire que cette pensée nous hante pendant toute la méditation. Elle devrait nous quitter à un certain point, pour que l’objet de la pensée puisse être ressenti dans le cœur.

Si vous ne faites qu’avoir cette pensée tout au long de la méditation, vous aurez mal à la tête, et pas d’expansion de la conscience. La pensée initiale n’est qu’un tremplin pour nous emmener plus profond, là où nous nous dissolvons dans la sensation de la présence de la lumière divine. Il faut sentir cette présence et, tout en la sentant, disparaître lentement, jusqu’à ce que la sensation même disparaisse. L’ego est parti; nous ne sommes même plus là pour en faire l’expérience.

Lorsque manas évolue grâce à la pratique de la méditation, la sensation se développe; à un certain point on dépasse la sensation et on parvient à un état d’être, puis à un état de devenir; pour finalement «dé-devenir» et se fondre dans l’état absolu d’existence.

 

Chit

Ainsi buddhi, manas et ahankar évoluent grâce à la pratique spirituelle, et le corps subtil devient plus léger, plus pur et plus simple, comme l’étang calme de tout à l’heure, à peine ridé. Alors la conscience peut croître et évoluer.

Que faisons-nous maintenant de cette conscience accrue qui nous est donnée? Disons que je me trouve dans un état d’esprit particulier et que je sois conscient de ma bonne condition. Après avoir médité, je vais travailler. Il ne suffit pas de maintenir ma condition; je dois être capable de l’irradier volontairement, consciemment, dans l’espoir confiant que partout où j’irai elle répandra d’elle-même son parfum.

Après la méditation, gardez un instant cette pensée: «La condition qui est en moi est aussi en dehors de moi. Tout, autour de moi, est absorbé dans un état semblable. Que cette condition se répande partout, lorsque je regarde les gens, que je leur parle, que je les écoute ou que je suis silencieux.»

Que la conscience se déploie partout où elle peut aller.

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